Préface

Salut à tous, mes très chers amis.
Oui, je fais encore une fic. Et le premier qui se plaint, j'le boome !
Pasque vous aussi, vous allez ou vous avez commencé une nouvelle !
Enfin bref, j'espère que celle-ci vous plaira. Je ne sais pas trop bien où elle va me mener, je ne sais pas non plus si je vais l'updater régulièrement, bref je ne sais rien du tout.
Voilà =D
Bonne lecture à tous =)
Préface

# Posté le lundi 08 juin 2009 13:47

Modifié le mardi 09 juin 2009 11:39

Chapitre 1

Chapitre 1
— Expérience n°18, dans mon bureau, je vous prie.

Je relevai la tête de mon livre avec un air impassible. C'était moi qu'on était en train d'appeler. En effet, c'était l'heure de l'examen. Cinq fois par jour, c'était la même chose.

Expériences 16 et 17 n'avaient pas levé la tête. Ils avaient trop l'habitude. Ils étaient sortis du bureau il y a une demi-heure, eux aussi.

L'homme en blanc montra un geste d'impatience face à mon immobilité. Je posai mon livre sur la table et me levai du fauteuil, avant de suivre l'homme. Je n'avais pas envie d'aller à cet examen. Mais ici, personne, hormis peut-être Expériences 16 et 17, ne se souciait de ce dont j'avais envie.

J'entrai dans le bureau en silence. Ils étaient quatre. Une femme, trois hommes. C'était tout le temps la même chose.

Toshirô était arrivé environ trois mois auparavant. Fraîchement diplômé, il avait fait six semaines en temps qu'apprenti, puis avait été engagé pour de bon. Il était plutôt froid, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ses cheveux étaient blancs, sa peau plutôt pâle, et ses yeux turquoises étaient aussi chaleureux qu'une banquise.

Axel était l'antithèse de Toshirô : tout en lui exprimait la chaleur. Ses cheveux rouges, semblables à une rafale de flammes dansantes, ses yeux d'un vert émeraude et son sourire amical perpétuel mettait en confiance... Jusqu'à ce qu'il doive nous examiner, il redevenait comme ses congénères, un scientifique avide de faire progresser la science.

Victoria était la co-directrice du laboratoire. Elle était un peu plus grande que moi, mais à chaque fois qu'elle se mettait devant moi, je me sentais minuscule... Elle avait de longs cheveux bruns et un regard si froid et méchant qu'il me donnait envie de m'enfuir à chaque fois... Elle était calculatrice et prête à faire n'importe quoi au nom de la science, ce qui était une façon élégante de dire qu'elle adorait nous torturer.

C'était également le cas de Séphiroth, le second co-directeur. D'ailleurs, ils étaient tous les deux ensemble, Victoria et lui. Qui se ressemble s'assemble, c'était le moins qu'on puisse dire dans leur cas. Il avait aussi les cheveux longs, mais les siens étaient argentés. Pourtant, il n'était pas vieux, il avait vingt-quatre ans. Il était immense, un mètre quatre-vingt de pure terreur... Ses yeux aux allures félins, vert bleuté avec des iris en fente, étaient méprisants, sadiques, cyniques, plein de méchanceté... Même de cruauté. Il était calme, posé, n'agissait qu'après mûre réflexion. La seule personne à qui il n'inspirait aucune peur, c'était sa femme... Cet homme-là n'hésiterait pas un instant à tuer quiconque se mettant en travers de sa route.

Il fut d'ailleurs le premier à parler :

— Voilà donc notre petit cobaye. Comment te portes-tu, aujourd'hui ?

Je gardai les yeux obstinément baissés en formulant ma réponse.

— Bien, monsieur.

— Parfait. Viens par ici.

Je levai les yeux un instant pour voir où exactement il désirait que j'aille. Un frisson parcourut mon épiderme et la peau de mes joues devint pâle comme de la craie. Devant ma réticence, Victoria me força à avancer jusqu'à la sorte de table verticale munie de liens de cuir. Axel, Toshirô et elle se chargèrent de m'y ceinturer tandis que Séphiroth alignait ses outils de travail sur la table. Je ne me débattis pas, je savais que c'était inutile. Impuissante, je fermai les yeux en attendant la suite.

— Vérification du pouls, ordonna Séphiroth à Axel.

Le jeune homme acquiesça et prit un stéthoscope. Il plaça les embouts dans ses oreilles, déboutonna le haut de ma chemise et posa le pavillon sur ma poitrine. Je frissonnai encore, mais de froid cette fois-ci. Axel écouta quelques instants, puis retira le stéthoscope.

— Son pouls est normal.

— Bien. Mettons les capteurs maintenant.

Deux sur mes poignets, un sur ma cheville gauche. Sur l'écran d'ordinateur apparut ma fréquence cardiaque, qui était plus rapide que la moyenne, paraît-il. Cent-vingt battements en une minute, deux battements à la seconde. Mais ces chiffres, à vrai dire, ne représentaient pas grand-chose pour moi...

— Et maintenant, vérification de ton ''humanité'', annonça Séphiroth avec un sourire. Victoria ?

La jeune femme sourit à son tour et sortit le bistouri. Elle passa lentement son ongle le long de la lame, avant de l'approcher vers mon bras gauche. Ma manche fut remontée jusqu'à mon coude. Je commençai à bouger pour échapper au couteau, mais les liens de cuir me maintenaient fermement en place. Je priai alors pour que ça aille vite.

La lame courut le long de mon avant-bras, laissant sur son passage une longue griffe rouge. Je me mordis les lèvres sous la brûlure.

Puis, le bistouri s'enfonça de trois centimètres dans ma peau. Je hurlai brusquement, surprise par la soudaine douleur, puis m'exhortai au silence. Après tout, ce n'était pas la première fois que je subissais ça. Ma respiration haletante se calma petit à petit, et finalement je réussis à ignorer la souffrance.

Victoria retira le couteau, lentement. La lame était ensanglantée. Le sang coulait à flot. Je fixais Séphiroth, qui s'était levé et s'approchait de moi avec un sourire.

— Tu as mal ? me demanda-t-il.

Je secouai la tête.

Il n'en sourit que davantage et se pencha vers la plaie pour l'examiner. Je détournai mon regard et serrai les dents en sentant sa langue effleurer ma blessure. Il se redressa et se lécha les babines, comme un prédateur... Inutile de dire qui était la proie, en l'occurrence.

— Ton sang est vraiment délicieux, commenta Séphiroth. Recueille-en, ordonna-t-il ensuite à Axel.

Ce dernier hocha la tête, imperturbable.

— Combien ?

— Disons cinquante millilitres, ça devrait aller. Toshirô, note bien que le sang s'écoule bien normalement dans le corps de notre petit cobaye.

Le jeune homme acquiesça et s'empressa de gratter ces informations sur le carnet qui portait mon nom, Expérience 18. En tant qu'expériences, aucun de nous n'avait le droit à un vrai nom. Ni Expérience 16, ni Expérience 17, ni moi.

— Par contre, le cobaye n'a pas pleuré.

— Ça ne change pas de d'habitude, Séphy, objecta Victoria.

— Peut-être, mais ça me perturbe. Aucun de nos cobayes ne pleure, jamais.

— Probablement que leur souffrance n'est pas assez forte, suggéra Victoria avec un sourire sadique.

Je frémis et me forçai à garder les yeux baissés.

Ma vie ne semblait être constituée que de ça : de vide... Et de douleur. Puis du vide, encore. C'était un refrain continuel. Mais comme disait Séphiroth, c'était mieux que de ne pas exister du tout. Et puis, c'était grâce à lui que j'existais. Tout comme les autres. Alors je n'avais pas le droit de me plaindre. En fait, je n'avais le droit de rien.

— Tu peux y aller, me dit Séphiroth, goguenard.

Il était en train de jouer à son passe-temps favori : m'humilier...

— Je suis attachée, marmonnai-je en fixant le sol.

— Ah, mais oui, que suis-je bête, ricana le scientifique. Axel, tu t'en occupes ?

En trente secondes, je fus libérée. En examinant mon bras, je vis que le sang coulait toujours. Il s'arrêterait bien, un moment. Il s'arrêtait toujours.

— Allez, mon petit cobaye, va t'amuser avec tes amis, lança Séphiroth.

Je me dirigeai vers la porte, mais...

— Ah, au fait, petit cobaye. Tu sais pourquoi je te fais ça ?

Je secouai la tête, sans me retourner.

— Parce que tu es la perfection de notre laboratoire. L'être parfait, créé par moi, Séphiroth. Un être humain, reproduit artificiellement. Tu es tellement parfaite qu'il faut bien vérifier si tu as une faille... Être plus exigeant avec toi... Tu comprends ?

J'avais envie de crier, de lui hurler dessus toute ma haine. Mais je n'en fis rien. À la place, je franchis la porte et la refermai derrière moi.

Expériences 16 et 17 levèrent les yeux vers moi.

— Ça s'est bien passé ?

Je hochai la tête et les rejoignis. Je pouvais enfin reprendre la lecture de mon livre. Mais les deux autres avaient remarqué l'état de mon bras.

Encore ! souffla Expérience 17, choquée. Comment tu peux les laisser te faire ça ?

— Je n'ai pas vraiment le choix, ils m'attachent, répondis-je sans regarder ma plaie.

— Pourquoi ils ne te font ça qu'à toi ? Pour nous, ils se contentent d'une simple prise de sang...

Je haussai les épaules.

Expérience 16 était un garçon. Un joli garçon, il fallait bien l'avouer, même si je n'avais pour critères qu'Axel, Toshirô et Séphiroth, vu qu'ils étaient les seuls hommes que je connaissais. Exp. 16 avait des cheveux blond miel en bataille, des yeux bleu ciel et une peau crème. Il était beau comme un ange, comme on disait dans les livres. Et d'un ange, il n'en avait pas que le physique, son caractère était tout aussi doux et gentil.

Expérience 17, elle, était une fille. Ses longs cheveux châtains aux reflets blonds étaient lisses et beaux et ses yeux bleus. C'était une fille adorable, intelligente et réfléchie. J'aimais rire avec elle, partager mes expériences de lecture. Car dans ce laboratoire, c'était notre seule distraction, la lecture.

Je jetai un coup d'½il à la grande horloge, ce qui était un réflexe purement inutile, puisque je ne savais pas lire l'heure. De plus, le laboratoire n'avait aucune ouverture sur l'extérieur, pas de fenêtre, juste une unique porte blindée. Je savais juste que j'avais deux heures devant moi avant de devoir retourner dans le bureau. J'allais en profiter pour terminer mon roman.

— Qu'est-ce que tu lis ? demandai-je à Expérience 17.

Elle me fit un grand sourire.

— L'histoire d'amour que tu m'as passé. Fascination. C'est génial.

— C'est vrai qu'il est bien ce livre ! Tu en es où ?

— Au moment où Bella est dans la clairière avec Edward.

J'acquiesçai, me souvenant de ce moment. Les yeux d'Exp. 17 devinrent songeurs.

— J'aimerais bien..., murmura-t-elle. J'aimerais bien vivre une histoire d'amour comme celle-là. Une histoire d'amour aussi belle et forte...

— Un jour... Tu en vivras une, affirmai-je.

Elle laissa échapper un rire amer.

— Comment ? On ne sort jamais d'ici, et on ne sortira jamais d'ici. Notre seul échappatoire, ce sont les livres...

Je me mordis les lèvres, sans pouvoir répondre. De toute façon, il n'y avait rien à répondre. Elle avait raison. Même quand on mourrait, on ne sortirait pas de ce laboratoire. On serait sûrement brûlés, ou recyclés. Qui sait ?

— Tu ne dois pas perdre espoir, lui dit Exp. 16 en posant sa main sur la sienne. La situation changera peut-être, un jour.

Elle hocha lentement la tête, mais sans l'air convaincue. Qui aurait pu l'en blâmer, aucun de nous trois ne l'était.

Nous étions enfermés ici, et le serions jusqu'à la fin de nos jours. Pourquoi ça changerait ?

# Posté le lundi 08 juin 2009 16:46

Modifié le mardi 09 juin 2009 13:17

Chapitre 2

Chapitre 2
Le temps passait, encore et encore, tandis que le nez dans mon roman, je lisais, perdue dans un autre monde loin, de ce laboratoire sordide. Un monde où les héros étaient libres comme l'air, marchaient dans la rue, respiraient l'air frais, voyaient le ciel...

Le ciel...

Je me demandais comment c'était. Dans les livres, ils le décrivaient comme d'un bleu magnifique quand il faisait beau, gris comme il y avait des nuages, et d'un noir d'encre parsemé d'étoiles quand c'était la nuit. Ça devait être beau...

— Expérience n°16, c'est l'heure.

Le jeune garçon releva les yeux de son livre vers Axel, nonchalamment appuyé contre le mur. Expérience 17 et moi avions également relevé les yeux. Bien que nous n'osions pas l'avouer, nous avions peur pour Exp. 16. Parfois, il avait l'air tellement fragile... Comme en ce moment. Et si Séphiroth décidait qu'il n'était plus assez performant ? C'était notre hantise à tous.

Nous avions peur de disparaître.

Notre existence ne tenait qu'entre les mains de Séphiroth. Il jouait avec elles, comme avec des marionnettes. Il nous manipulait, nous étions ses jouets. Des pantins qu'il pouvait décider de casser à tout moment.

Exp. 16, sans un mot, se leva et rejoignit Axel, qui l'observait avec un regard... indéfinissable. Peut-être était-ce de la pitié. Peut-être autre chose encore, mais je ne parvenais pas à l'identifier.

Ils s'engouffrèrent tous deux dans le bureau. La porte claqua derrière eux.

— Tu crois que ça va aller ? me chuchota Exp. 17.

— Je l'espère, répondis-je, en me mordillant les lèvres.

Nous retournâmes à notre lecture, mais le c½ur n'y était pas. C'était toujours comme ça quand l'un de nous partait dans la pièce d'à côté.

Mes yeux relisaient trois fois la même phrase. J'avais les doigts crispés sur la couverture de mon livre. Reviens.

La porte finit par se rouvrir. Je lâchai un soupir de soulagement, mais qui disparut bien vite quand je vis Exp. 16. Il était pâle. Très pâle. Dans l'embrasure de la porte, derrière lui, il y avait Séphiroth, qui arborait un sourire diabolique.

— À ce soir, Expérience 16, susurra-t-il.

Le garçon frissonna et se hâta de revenir vers nous. La porte se referma.

— Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda aussitôt Exp. 17. Qu'est-ce qu'ils t'ont dit ?

Exp. 16 avala sa salive et baissa les yeux au sol. Ma gorge se serra, me coupant le souffle.

— Ils... Ils ne vont quand même pas..., balbutiai-je.

Sans un mot, le garçon hocha la tête.

Nous poussâmes un cri étranglé. Mes mains se plaquèrent sur ma bouche. Non !

— Non ! Non, non, non ! Dis-moi que ce n'est pas vrai ! criai-je d'une voix stridente.

— Je ne suis plus assez bien pour eux, murmura Exp. 16. C'est fini. Ils me suppriment ce soir.

Expérience 17 secouait la tête de gauche à droite, la bouche tordue par le chagrin, incapable d'y croire. Pour la première fois de notre vie, nous avions envie de pleurer. Une larme perla, amère et salée, au coin de mon ½il, et roula lentement le long de ma joue. Les joues d'Exp. 17 étaient déjà mouillées.

Plus tard, lors de ma propre consultation, je fus absente. Pas physiquement, bien sûr. Mais mon esprit était ailleurs. Je ne sentais même plus les lames et les aiguilles transpercer ma peau. Je ne pensais qu'à Exp. 16. Il allait disparaître... Lui, un de mes meilleurs amis, il allait mourir... Alors que nous vivions ensemble depuis nos dix ans, l'âge de notre création. J'étais arrivée un an après Exp. 16 et 17, mais nous étions immédiatement devenus amis. Alors pourquoi... Pourquoi devait-il disparaître ?

Et quand viendrait notre tour ?

Ce soir-là, aucun de nous n'ouvrit de livre. Nous étions renfermés dans notre mutisme, attendant avec impuissance l'instant fatidique où un des scientifiques appellerait Exp. 16. Je tremblais, mais ce n'était pas à cause du froid. J'avais peur.

La porte s'ouvrit. Nous sursautâmes tous les trois violemment et tournâmes la tête.

C'était Axel.

Mais il ne portait pas de blouse.

— Salut, finit-il par dire, après un moment de silence.

Nous le fixâmes, interloqués. C'était la première fois qu'il nous disait ça. Pourquoi ce soir ? Pourquoi juste avant que notre ami ne meure ? Et pourquoi disait-il ça, au lieu de : « Expérience 16, suis-moi » ?

— Détendez-vous, je ne viens pas pour vous faire du mal.

— Et comment peut-on te croire ? interrogea Exp. 17 avec agressivité.

Par réflexe, je me plaçai devant Exp. 16, créant de mon corps un bouclier.

— Croyez-moi, s'il vous plaît, insista Axel. Je ne viens pas pour emmener Expérience 16.

Il croisa mon regard. Je sondai ses yeux émeraude, cherchant à démêler le vrai du faux, à savoir si ces propos étaient sincères. Apparemment, ils l'étaient... Mais pourquoi ce scientifique agissait-il de la sorte ?

— Écoutez, je sais que mon travail est d'emmener Expérience 16, mais je ne veux pas ça. Je ne veux pas qu'on vous fasse de mal.

— Que comptes-tu faire, alors ? demanda Exp. 16, intrigué.

— Je veux vous aider. Je veux t'aider à échapper à ce destin.

— Tu n'as rien à en tirer, soulignai-je. Pourquoi veux-tu faire ça ?

Axel sourit alors, un sourire plein de tristesse et de mélancolie. Son regard se brouilla un instant, tandis qu'il regardait Exp. 16 avec... Une lueur étrange dans les yeux. Comme de la tendresse.

— Allez savoir, murmura-t-il.

Il y eut un moment de silence, puis le rouquin se reprit.

— Enfin bref. Pas de temps à perdre. Je vais vous aider à vous évader d'ici avant que Séphiroth ne t'appelle, Expérience 16. Vite, suivez-moi.

Nous échangeâmes des regards sceptiques... Puis décidâmes de le suivre. C'était peut-être notre seule chance de partir d'ici. Nous allions la saisir au vol.

Une porte, dans le fond de la bibliothèque. Axel l'ouvrit grâce à un trousseau de clefs. Avide, je regardai ce qu'elle cachait... Un long couloir blanc.

Et au bout, une autre porte. Plus épaisse. Plus fermée. Plus infranchissable.

Je frissonnai. Je pouvais déjà presque sentir l'air du vent sur mes épaules. Était-ce la nuit, à l'extérieur ? De quelle couleur était le ciel ? Quel jour était-on ? Quel mois de quelle année ? Toutes ces questions jusqu'alors sans réponses...

Le couloir fut rapidement traversé. Axel batailla avec ses clefs, puis réussit à en glisser une dans la serrure. Je retins mon souffle tandis qu'il la faisait tourner, lentement. Un déclic retentit, rompant l'épais silence qui s'était installé.

— Voilà, on y est, marmonna Axel.

Les trois expériences avaient les yeux écarquillés. Nous étions tellement proches de la sortie, tellement proches...

Axel ouvrit la porte.

— Vite, sortez.

Exp. 17 et moi acquiesçâmes et nous empressâmes de franchir la porte. Pour la première fois de ma vie, je sentis la brise sur ma peau, la fraîcheur du soir hérissa les poils de mes bras. Pourtant, il ne faisait pas froid. L'air était doux. C'était peut-être le printemps... Ou même l'été. Le ciel était encore clair, mais ce n'était pas la journée. Des nuages roses s'amoncelaient dans les airs. Au loin, je vis une grosse boule orange vif descendre lentement vers la ligne d'horizon. Mon c½ur fit une embardée.

Le soleil.

— C'est magnifique, chuchota Exp. 17.

Je hochai la tête, et me retournai pour voir si Exp. 16 en pensait autant. Je me figeai alors.

Axel était en train de l'embrasser.

Ou alors, il était en train d'embrasser Axel.

Bref, quoi qu'il en soit, les deux étaient en train de s'embrasser.

J'observais la scène, abasourdie, la bouche ouverte et les yeux agrandis de surprise. Je n'avais jamais vu ça avant. Et par ça, je veux dire une scène d'amour. Sous mes yeux, deux personnes s'embrassaient, comme dans les livres.

Puis, après quelques secondes qui me parurent durer une éternité, Axel repoussa doucement Exp. 16, qui pour sa part semblait dans un autre monde. Sur un nuage, probablement. Avec Axel.

— Partez vite trouver un endroit où vous réfugiez avant qu'il ne fasse nuit. Vite.

Nous acquiesçâmes tous.

— Expérience 16.

Exp. 16 sembla reprendre ses esprits et leva les yeux vers le rouquin, qui lui fit un doux sourire.

— On se reverra dans une autre vie.

Une larme roula sur la joue du jeune garçon.

— Oui. Je t'attendrai.

Et il s'enfuit.

Expérience 17 et moi échangeâmes un regard avant de nous élancer à sa suite. Vers l'inconnu. Vers le monde. Vers la liberté.

Axel referma la porte du laboratoire et revint dans la bibliothèque, en veillant bien à refermer toutes les portes. Il regagna ensuite son propre bureau et s'affala dans un fauteuil. Lentement, il porta la main à ses lèvres.

— Sois heureux, mon amour...

# Posté le mardi 16 juin 2009 11:33

Modifié le mercredi 17 juin 2009 16:35

Chapitre 3

Chapitre 3
Vous êtes-vous déjà retrouvé seul, en pleine nature, dans un environnement totalement inconnu ? Vous est-il déjà arrivé de errer quelque part sans savoir où vous allez, sans savoir même où vous vous trouvez ?

Si oui, vous pouvez visualiser la scène de trois personnes marchant au hasard sur une petite route dans la plaine, complètement perdues, et comprendre ce qu'elles ressentent.

Si non, vous ne pouvez même pas imaginer le désarroi dans lequel Exp. 16, Exp. 17 et moi-même étions plongés, tandis que nous allions sur un chemin de poussière (ou peut-être de sable. Je n'arrivais pas bien à distinguer la différence) au milieu de ce qui semblait être nulle part. Il n'y avait rien, rien, rien. Juste de la... Comment dit-on, déjà ? De la végétation. Les terrains qui nous entouraient étaient immenses et colorés, en jaune et vert.

— Je ne suis pas certaine de ce que je vais dire, mais je crois que nous sommes dans la campagne, diagnostiquai-je.

— Ce n'est pas la montagne ? demanda Exp. 16, un peu perplexe.

— Peut-être...

— Non, la montagne, c'est haut, se souvint Exp. 17 en examinant le décor autour d'elle.

Exp. 16 réfléchit un peu et convint qu'elle avait raison. Cependant, j'objectai :

— Mais et si nous étions en haut de la montagne ? Comment pourrions-nous savoir si c'est la campagne ou la montagne ?

— De toute façon, trancha Exp. 17, nous sommes perdus. Perdus, en pleine campagne ou en pleine montagne.

Ce n'était pas joyeux.

Nous avions commencé notre fuite par courir, droit devant nous, vers le coucher de soleil. Mais peu entraînés à tant d'endurance, nous avions rapidement laissé tomber. De toute façon, le laboratoire était hors de vue depuis un certain temps.

Jusqu'à mon pronostic, aucun de nous n'avait prononcé un mot. Exp. 17 et moi étions perdues dans la contemplation du paysage environnant, et Exp. 16 était perdu dans ses pensées. Il devait encore penser à Axel. Mon c½ur se serra. Et je me demandais : que ressentait-il pour lui ?

Est-ce que c'était l'amour ?

— 16 ?

Il tourna la tête vers moi.

— Quoi ?

J'entortillai une boucle autour de mon doigt pour cacher ma gêne.

— Est-ce que tu... Tu... Tu aimes Axel ?

Exp. 17 me lança un regard d'avertissement. J'admets que cette question était un total manque de tact, mais il fallait que je sache.

Exp. 16 se mordit les lèvres. Je regrettai immédiatement d'avoir posé la question en voyant ses yeux s'emplir de larmes.

— Pardon ! Excuse-moi, je n'aurais pas dû... Ce n'est pas mes affaires... Oh, désolée...

Et je le pris dans mes bras en le serrant très fort, maudissant ma curiosité.

— On ne te parlera plus de ça si tu n'en as pas envie, ajouta 17.

Je hochai énergiquement la tête et relâchai le blond qui renifla.

— Merci.

Et nous reprîmes notre marche dans les ténèbres grandissantes.

Jusqu'à ce qu'un bruit énorme nous fasse sursauter.

— Qu'est-ce qui se passe ? m'exclamai-je en plaquant mes mains sur mes oreilles.

— Je n'en sais rien ! répondit de la même façon Exp. 17.

Exp. 16 regarda tout autour de lui, avant de pointer le doigt vers le ciel.

— Un oiseau..., murmura-t-il.

Nous levâmes le nez à notre tour et vîmes un point lumineux passer en clignotant au-dessus de nos têtes en faisant un vacarme incroyable. D'ailleurs, nous nous penchâmes tellement en arrière que nous tombâmes tous trois assis par terre, en rigolant dix fois plus en cinq minutes qu'en six ans d'existence.

— S'il y a un avion, c'est que la civilisation n'est pas loin ! s'exclama Exp. 17 après avoir calmé son fou rire.

— Très juste, acquiesçai-je en essuyant les larmes de rire qui avaient perlé au coin de mes yeux.

— Il n'y a pas une minute à perdre, renchérit Exp. 16 avec un grand sourire.

Et, complètement ragaillardis par cette apparition, nous reprîmes notre marche au pas de charge. Un ronflement enflait au fur et à mesure que nous avancions... Nous atteignîmes la route.

Ébahis, nous observâmes les voitures, tout en tôle, foncer à toute allure, se dépasser, freiner, ralentir, accélérer. C'était un spectacle incroyable. Elles étaient de toutes les tailles, de toutes les formes, il y avait des femmes, des hommes, des enfants, de couleurs de peau différentes, cheveux longs ou courts, qui souriaient ou semblaient hurler, ou même étaient impassibles.

Nous n'avions jamais vu autant de gens de toute notre vie.

— Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? interrogea Exp. 17.

— On suit la route, décidai-je.

— Dans quel sens ?

— Peu importe, quoi qu'il arrive, on arrivera dans une ville. On n'a qu'à continuer dans le même sens.

Et c'est ce que nous fîmes.

Marcher nous était à présent égal, malgré la fatigue. Nous savions que nous allions quelque part, et c'est tout ce qui comptait. Nous avions un but. En quelque sorte.

La ville nous apparut comme une sorte de mirage en plein désert, vous savez, comme quand on croit voir une oasis, mais qu'en fait il n'en est rien. Ces bâtiments hauts comme le ciel étaient illuminés de millions de lumières. Il y en avait partout, partout où on regardait. C'était impressionnant.

Mais quand nous y arrivâmes, ce fut encore pire.

Il y avait des centaines de personnes qui marchaient, couraient, riaient avec un autre, grondaient un enfant, souriaient en parlant dans une boîte qu'il tenait plaquée contre leur oreille – comment ça s'appelle ? Ah oui, téléphone.

Nous nous sentions minuscules, comme des fourmis dans une marée humaine. Nous étions encore plus perdus que tout à l'heure, tout était si différent, si nouveau que nous avancions totalement à l'aveuglette, les yeux rivés au sol, sans regarder autour de nous.

Finalement, la foule s'espaça. Nous arrivions dans un quartier moins fréquenté, mais tout aussi bruyant. Le son provenait de portes, il y en avait au moins cinq dans la rue. Des enseignes indiquaient en lettres capitales DISCOTHÈQUE, et nous n'avions de ce genre d'endroit qu'une idée vague. D'après les livres, on y allait pour danser sur de la musique, ou boire.

Un groupe de personnes sortit alors de l'une d'entre elles. Ils riaient, se tenaient par la main ou par les épaules, et parlaient fort. L'un d'eux tourna la tête dans notre direction et nous fixa.

— Hé, vous !

Par réflexe, nous nous immobilisâmes, légèrement interloqués. Cela faisait des heures que nous marchions, et personne ne nous avait adressé la parole. Que nous voulait ce type ?

Il s'avança vers nous en souriant, tandis que ses amis derrière lui plissaient les yeux. Quand il fut suffisamment près pour qu'on pût distinguer son visage, Exp. 16 poussa un cri et recula précipitamment. Et pour cause : ce jeune homme ressemblait trait pour trait à Axel.

— Qui êtes-vous ? cria Exp. 17, qui avait également compris le trouble de 16. Qu'est-ce que vous nous voulez ?

— Holà ! Du calme, ma belle, essaya de la temporiser le jeune homme. Je ne vous veux aucun mal, ni à toi, ni à tes amis ! Vous aviez juste l'air un peu perdu. Est-ce qu'on peut vous aider ?

J'échangeai avec mon amie un regard interrogatif. Pouvait-on vraiment faire confiance à cet homme, alors que nous ne le connaissions pas ? 16 se tenait en retrait, pour rester le plus loin possible de ce deuxième Axel.

— Reno, qu'est-ce que tu fiches, encore ? soupira une jeune fille en nous rejoignant.

Elle avait de longs cheveux châtains, un visage doux et l'air excédé par l'attitude de son ami. Elle nous examina attentivement.

— Vous n'avez pas l'air d'ici, vous...

— Pas vraiment, non, admis-je. Nous sommes perdus, parce que nous nous sommes échapp...

— Nous nous sommes perdus tout court, me coupa 17 en me donnant un coup de coude.

Elle me lança un coup d'½il éloquent. Elle avait plutôt raison, mieux valait ne pas raconter notre situation en détails, et surtout pas à des inconnus... Moi et ma naïveté !

— Nous avons besoin d'aide.

— Nous allons vous aider, déclara la jeune fille d'un air décidé.

— Qu'est-ce que tu as en tête, Marine ? s'enquit Reno.

— On va les emmener chez nous ! Je refuse de les laisser dehors alors qu'ils sont perdus !

Elle avait visiblement le c½ur sur la main. 17 et moi lui fîmes un énorme sourire.

— Merci ! Merci beaucoup !

Elle avait un air qui inspirait confiance. En tout cas, plus que Reno...

— Qu'est-ce qui se passe ? demandèrent les autres en se rapprochant.

— On va avoir du monde chez nous ! leur répondit Marine. C'est parti !

— Cloud va râler, rigola une fille aux longs cheveux roux.

— Eh ben, il râlera ! Ce sera sa punition pour ne pas être venu ce soir, voilà !

Et voilà comment nous nous retrouvâmes embarqués chez des gens que nous connaissions à peine.

Néanmoins, ce fut un bonheur de se retrouver enfin avec un toit sur nos têtes. Les dernières heures m'avaient semblé interminables. La plupart des amis de Marine étaient repartis chez eux sans que nous ayons réellement eu le temps de faire plus ample connaissance avec eux. Cependant, la jeune fille nous assura que nous les reverrions très prochainement. Il ne restait plus que Marine, 16, 17, moi... Et le frère de Marine, Sora. Il était vraiment beau, dans le même genre que 16, mais en brun, avec des cheveux qui partaient en piques dans tous les sens. Il avait de grands yeux bleu comme le ciel et un sourire joyeux qui semblait être naturel chez lui.

— Marine ? Sora ? Vous êtes rentrés ?

Un grand blond descendit les marches des escaliers. Marine se jeta dans ses bras.

— Cloud !

Apparemment, ils étaient en couple. Ils s'embrassèrent tendrement, puis le dénommé Cloud nous regarda en haussant les sourcils.

— Qui sont-ils ?

— Voilà, en fait, ils avaient l'air perdu, et du coup je...

— Tu as décidé de les ramener, l'interrompit Cloud en fronçant les sourcils. Écoute mon amour, c'est très généreux de ta part, mais nous ne pouvons pas accueillir tous les clochards !

Je frémis.

— Nous ne sommes pas des clochards ! protestai-je vivement. Vous n'avez pas le droit de nous ranger dans une catégorie alors que vous ignorez totalement qui nous sommes !

Cloud parut estomaqué, mais se reprit rapidement.

— En tout cas, vos vêtements n'ont pas l'air d'être de la grande marque.

Nous baissâmes les yeux vers nos tenues. Effectivement, nous portions chacun une blouse grise qui descendait jusqu'à mi-mollet. C'est sûr que par rapport à leurs vêtements, cela semblait bizarre.

— Ce serait trop long à expliquer, commença Exp. 17. Mais mon amie a raison, nous ne sommes pas des clochards. Nous n'avons jamais vécu dehors dans la pauvreté, nous venons simplement d'un endroit spécial.

— Et quel est cet endroit ?

— Nous ne voulons pas trop en parler. S'il vous plaît, monsieur...

Nous le suppliâmes toutes les deux du regard, sauf 16, qui avait de nouveau le regard lointain. La vue de ce Reno avait attisé sa souffrance. Cloud sembla hésiter, mais les yeux implorants de sa petite amie qui s'était jointe à nos prières le décida. Il hocha la tête. Nous le remerciâmes chaleureusement, et Marine prit tout en main.

— Je vais vous emmener dans vos chambres. Il y en a suffisamment pour vous trois ! J'espère que vous aimerez !

Nous fûmes donc tous les trois installés. Les chambres étaient meublés simplement, mais avec bon goût. J'adorai immédiatement la mienne, avec sa moquette moelleuse et le couvre-lit bleu ciel, assorti aux rideaux.

— Au fait, j'avais oublié de vous demander : comment vous vous appelez ?

Dans un bel ensemble, nous nous mordîmes tous trois les lèvres. Nous ne pouvions pas donner nos noms scientifiques ! Marine sembla comprendre notre embarras et ne posa aucune question.

— Ce n'est pas grave, on va vous en trouver. Attendez un peu... Je vais vous donner les noms des personnages des derniers livres que j'ai lus ! Tu aimes bien Pauline ? demanda-t-elle à Exp. 17.

Celle-ci réfléchit.

— Oui, pourquoi pas. C'est plutôt joli.

Marine lui fit un sourire rayonnant.

— Entendu, Pauline ! Et toi, continua-t-elle en me regardant, les yeux plissés. Je dirais Victoire. T'en penses quoi ?

— C'est plutôt courant, comme prénom ? m'enquis-je.

— Pas vraiment, non...

— Alors ça me va, approuvai-je avec un grand sourire.

— Super ! Et toi...

Marine observa 16 d'un air songeur.

— Tu me fais penser à Sora... Tu lui ressembles beaucoup. Tu as les mêmes yeux... Si on rajoute un X et qu'on mélange un peu...

— Roxas.

C'était 16 lui-même qui avait prononcé le nom.

— Roxas, répéta-t-il. Je crois que j'aime bien.

— C'est décidé, dans ce cas, sourit Marine. Moi... Je m'appelle Marine, au cas où vous ne l'auriez pas deviné !

Nous éclatâmes de rire, puis un bâillement me décrocha la mâchoire. Je me frottai les yeux.

— Je crois que je vais aller dormir, moi...

— Moi aussi, approuvèrent les autres en ch½ur.

Sora arriva à son tour, la démarche traînante, l'air exténué.

— Bon ben moi, je vais au dodo... Dîtes, c'est quoi vos noms déjà ?

— Ils ne te l'ont pas dit, rappela Marine en retenant un sourire ironique.

— Ah ?

— Ce sont Roxas, Pauline, et Victoire.

Sora m'adressa un sourire et fit un V avec ses doigts.

— On a gagné !

Je souris.

— Ha ha, très drôle.

— Désolé, l'option humour n'est pas activée la nuit, répliqua-t-il en souriant lui aussi.

— Va te coucher, dans ce cas, suggéra Marine en lui tirant la langue.

— Pas la peine de me prier !

Il nous fit un signe de la main et disparut dans sa chambre. Nous nous dîmes également bonne nuit, avant de rentrer dans nos chambres respectives. Sans même prendre le temps de me déshabiller – de toute façon, je n'avais pas de pyjama – je me laissai tomber sur le lit, où je m'endormis très rapidement dans un sommeil profond.

# Posté le lundi 31 août 2009 11:12

Modifié le vendredi 04 septembre 2009 17:01