Vous êtes-vous déjà retrouvé seul, en pleine nature, dans un environnement totalement inconnu ? Vous est-il déjà arrivé de errer quelque part sans savoir où vous allez, sans savoir même où vous vous trouvez ?
Si oui, vous pouvez visualiser la scène de trois personnes marchant au hasard sur une petite route dans la plaine, complètement perdues, et comprendre ce qu'elles ressentent.
Si non, vous ne pouvez même pas imaginer le désarroi dans lequel Exp. 16, Exp. 17 et moi-même étions plongés, tandis que nous allions sur un chemin de poussière (ou peut-être de sable. Je n'arrivais pas bien à distinguer la différence) au milieu de ce qui semblait être nulle part. Il n'y avait rien, rien, rien. Juste de la... Comment dit-on, déjà ? De la végétation. Les terrains qui nous entouraient étaient immenses et colorés, en jaune et vert.
— Je ne suis pas certaine de ce que je vais dire, mais je crois que nous sommes dans la campagne, diagnostiquai-je.
— Ce n'est pas la montagne ? demanda Exp. 16, un peu perplexe.
— Peut-être...
— Non, la montagne, c'est haut, se souvint Exp. 17 en examinant le décor autour d'elle.
Exp. 16 réfléchit un peu et convint qu'elle avait raison. Cependant, j'objectai :
— Mais et si nous étions en haut de la montagne ? Comment pourrions-nous savoir si c'est la campagne ou la montagne ?
— De toute façon, trancha Exp. 17, nous sommes perdus. Perdus, en pleine campagne ou en pleine montagne.
Ce n'était pas joyeux.
Nous avions commencé notre fuite par courir, droit devant nous, vers le coucher de soleil. Mais peu entraînés à tant d'endurance, nous avions rapidement laissé tomber. De toute façon, le laboratoire était hors de vue depuis un certain temps.
Jusqu'à mon pronostic, aucun de nous n'avait prononcé un mot. Exp. 17 et moi étions perdues dans la contemplation du paysage environnant, et Exp. 16 était perdu dans ses pensées. Il devait encore penser à Axel. Mon c½ur se serra. Et je me demandais : que ressentait-il pour lui ?
Est-ce que c'était l'amour ?
— 16 ?
Il tourna la tête vers moi.
— Quoi ?
J'entortillai une boucle autour de mon doigt pour cacher ma gêne.
— Est-ce que tu... Tu... Tu aimes Axel ?
Exp. 17 me lança un regard d'avertissement. J'admets que cette question était un total manque de tact, mais il fallait que je sache.
Exp. 16 se mordit les lèvres. Je regrettai immédiatement d'avoir posé la question en voyant ses yeux s'emplir de larmes.
— Pardon ! Excuse-moi, je n'aurais pas dû... Ce n'est pas mes affaires... Oh, désolée...
Et je le pris dans mes bras en le serrant très fort, maudissant ma curiosité.
— On ne te parlera plus de ça si tu n'en as pas envie, ajouta 17.
Je hochai énergiquement la tête et relâchai le blond qui renifla.
— Merci.
Et nous reprîmes notre marche dans les ténèbres grandissantes.
Jusqu'à ce qu'un bruit énorme nous fasse sursauter.
— Qu'est-ce qui se passe ? m'exclamai-je en plaquant mes mains sur mes oreilles.
— Je n'en sais rien ! répondit de la même façon Exp. 17.
Exp. 16 regarda tout autour de lui, avant de pointer le doigt vers le ciel.
— Un oiseau..., murmura-t-il.
Nous levâmes le nez à notre tour et vîmes un point lumineux passer en clignotant au-dessus de nos têtes en faisant un vacarme incroyable. D'ailleurs, nous nous penchâmes tellement en arrière que nous tombâmes tous trois assis par terre, en rigolant dix fois plus en cinq minutes qu'en six ans d'existence.
— S'il y a un avion, c'est que la civilisation n'est pas loin ! s'exclama Exp. 17 après avoir calmé son fou rire.
— Très juste, acquiesçai-je en essuyant les larmes de rire qui avaient perlé au coin de mes yeux.
— Il n'y a pas une minute à perdre, renchérit Exp. 16 avec un grand sourire.
Et, complètement ragaillardis par cette apparition, nous reprîmes notre marche au pas de charge. Un ronflement enflait au fur et à mesure que nous avancions... Nous atteignîmes la route.
Ébahis, nous observâmes les voitures, tout en tôle, foncer à toute allure, se dépasser, freiner, ralentir, accélérer. C'était un spectacle incroyable. Elles étaient de toutes les tailles, de toutes les formes, il y avait des femmes, des hommes, des enfants, de couleurs de peau différentes, cheveux longs ou courts, qui souriaient ou semblaient hurler, ou même étaient impassibles.
Nous n'avions jamais vu autant de gens de toute notre vie.
— Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? interrogea Exp. 17.
— On suit la route, décidai-je.
— Dans quel sens ?
— Peu importe, quoi qu'il arrive, on arrivera dans une ville. On n'a qu'à continuer dans le même sens.
Et c'est ce que nous fîmes.
Marcher nous était à présent égal, malgré la fatigue. Nous savions que nous allions quelque part, et c'est tout ce qui comptait. Nous avions un but. En quelque sorte.
La ville nous apparut comme une sorte de mirage en plein désert, vous savez, comme quand on croit voir une oasis, mais qu'en fait il n'en est rien. Ces bâtiments hauts comme le ciel étaient illuminés de millions de lumières. Il y en avait partout, partout où on regardait. C'était impressionnant.
Mais quand nous y arrivâmes, ce fut encore pire.
Il y avait des centaines de personnes qui marchaient, couraient, riaient avec un autre, grondaient un enfant, souriaient en parlant dans une boîte qu'il tenait plaquée contre leur oreille – comment ça s'appelle ? Ah oui, téléphone.
Nous nous sentions minuscules, comme des fourmis dans une marée humaine. Nous étions encore plus perdus que tout à l'heure, tout était si différent, si nouveau que nous avancions totalement à l'aveuglette, les yeux rivés au sol, sans regarder autour de nous.
Finalement, la foule s'espaça. Nous arrivions dans un quartier moins fréquenté, mais tout aussi bruyant. Le son provenait de portes, il y en avait au moins cinq dans la rue. Des enseignes indiquaient en lettres capitales DISCOTHÈQUE, et nous n'avions de ce genre d'endroit qu'une idée vague. D'après les livres, on y allait pour danser sur de la musique, ou boire.
Un groupe de personnes sortit alors de l'une d'entre elles. Ils riaient, se tenaient par la main ou par les épaules, et parlaient fort. L'un d'eux tourna la tête dans notre direction et nous fixa.
— Hé, vous !
Par réflexe, nous nous immobilisâmes, légèrement interloqués. Cela faisait des heures que nous marchions, et personne ne nous avait adressé la parole. Que nous voulait ce type ?
Il s'avança vers nous en souriant, tandis que ses amis derrière lui plissaient les yeux. Quand il fut suffisamment près pour qu'on pût distinguer son visage, Exp. 16 poussa un cri et recula précipitamment. Et pour cause : ce jeune homme ressemblait trait pour trait à Axel.
— Qui êtes-vous ? cria Exp. 17, qui avait également compris le trouble de 16. Qu'est-ce que vous nous voulez ?
— Holà ! Du calme, ma belle, essaya de la temporiser le jeune homme. Je ne vous veux aucun mal, ni à toi, ni à tes amis ! Vous aviez juste l'air un peu perdu. Est-ce qu'on peut vous aider ?
J'échangeai avec mon amie un regard interrogatif. Pouvait-on vraiment faire confiance à cet homme, alors que nous ne le connaissions pas ? 16 se tenait en retrait, pour rester le plus loin possible de ce deuxième Axel.
— Reno, qu'est-ce que tu fiches, encore ? soupira une jeune fille en nous rejoignant.
Elle avait de longs cheveux châtains, un visage doux et l'air excédé par l'attitude de son ami. Elle nous examina attentivement.
— Vous n'avez pas l'air d'ici, vous...
— Pas vraiment, non, admis-je. Nous sommes perdus, parce que nous nous sommes échapp...
— Nous nous sommes perdus tout court, me coupa 17 en me donnant un coup de coude.
Elle me lança un coup d'½il éloquent. Elle avait plutôt raison, mieux valait ne pas raconter notre situation en détails, et surtout pas à des inconnus... Moi et ma naïveté !
— Nous avons besoin d'aide.
— Nous allons vous aider, déclara la jeune fille d'un air décidé.
— Qu'est-ce que tu as en tête, Marine ? s'enquit Reno.
— On va les emmener chez nous ! Je refuse de les laisser dehors alors qu'ils sont perdus !
Elle avait visiblement le c½ur sur la main. 17 et moi lui fîmes un énorme sourire.
— Merci ! Merci beaucoup !
Elle avait un air qui inspirait confiance. En tout cas, plus que Reno...
— Qu'est-ce qui se passe ? demandèrent les autres en se rapprochant.
— On va avoir du monde chez nous ! leur répondit Marine. C'est parti !
— Cloud va râler, rigola une fille aux longs cheveux roux.
— Eh ben, il râlera ! Ce sera sa punition pour ne pas être venu ce soir, voilà !
Et voilà comment nous nous retrouvâmes embarqués chez des gens que nous connaissions à peine.
Néanmoins, ce fut un bonheur de se retrouver enfin avec un toit sur nos têtes. Les dernières heures m'avaient semblé interminables. La plupart des amis de Marine étaient repartis chez eux sans que nous ayons réellement eu le temps de faire plus ample connaissance avec eux. Cependant, la jeune fille nous assura que nous les reverrions très prochainement. Il ne restait plus que Marine, 16, 17, moi... Et le frère de Marine, Sora. Il était vraiment beau, dans le même genre que 16, mais en brun, avec des cheveux qui partaient en piques dans tous les sens. Il avait de grands yeux bleu comme le ciel et un sourire joyeux qui semblait être naturel chez lui.
— Marine ? Sora ? Vous êtes rentrés ?
Un grand blond descendit les marches des escaliers. Marine se jeta dans ses bras.
— Cloud !
Apparemment, ils étaient en couple. Ils s'embrassèrent tendrement, puis le dénommé Cloud nous regarda en haussant les sourcils.
— Qui sont-ils ?
— Voilà, en fait, ils avaient l'air perdu, et du coup je...
— Tu as décidé de les ramener, l'interrompit Cloud en fronçant les sourcils. Écoute mon amour, c'est très généreux de ta part, mais nous ne pouvons pas accueillir tous les clochards !
Je frémis.
— Nous ne sommes pas des clochards ! protestai-je vivement. Vous n'avez pas le droit de nous ranger dans une catégorie alors que vous ignorez totalement qui nous sommes !
Cloud parut estomaqué, mais se reprit rapidement.
— En tout cas, vos vêtements n'ont pas l'air d'être de la grande marque.
Nous baissâmes les yeux vers nos tenues. Effectivement, nous portions chacun une blouse grise qui descendait jusqu'à mi-mollet. C'est sûr que par rapport à leurs vêtements, cela semblait bizarre.
— Ce serait trop long à expliquer, commença Exp. 17. Mais mon amie a raison, nous ne sommes pas des clochards. Nous n'avons jamais vécu dehors dans la pauvreté, nous venons simplement d'un endroit spécial.
— Et quel est cet endroit ?
— Nous ne voulons pas trop en parler. S'il vous plaît, monsieur...
Nous le suppliâmes toutes les deux du regard, sauf 16, qui avait de nouveau le regard lointain. La vue de ce Reno avait attisé sa souffrance. Cloud sembla hésiter, mais les yeux implorants de sa petite amie qui s'était jointe à nos prières le décida. Il hocha la tête. Nous le remerciâmes chaleureusement, et Marine prit tout en main.
— Je vais vous emmener dans vos chambres. Il y en a suffisamment pour vous trois ! J'espère que vous aimerez !
Nous fûmes donc tous les trois installés. Les chambres étaient meublés simplement, mais avec bon goût. J'adorai immédiatement la mienne, avec sa moquette moelleuse et le couvre-lit bleu ciel, assorti aux rideaux.
— Au fait, j'avais oublié de vous demander : comment vous vous appelez ?
Dans un bel ensemble, nous nous mordîmes tous trois les lèvres. Nous ne pouvions pas donner nos noms scientifiques ! Marine sembla comprendre notre embarras et ne posa aucune question.
— Ce n'est pas grave, on va vous en trouver. Attendez un peu... Je vais vous donner les noms des personnages des derniers livres que j'ai lus ! Tu aimes bien Pauline ? demanda-t-elle à Exp. 17.
Celle-ci réfléchit.
— Oui, pourquoi pas. C'est plutôt joli.
Marine lui fit un sourire rayonnant.
— Entendu, Pauline ! Et toi, continua-t-elle en me regardant, les yeux plissés. Je dirais Victoire. T'en penses quoi ?
— C'est plutôt courant, comme prénom ? m'enquis-je.
— Pas vraiment, non...
— Alors ça me va, approuvai-je avec un grand sourire.
— Super ! Et toi...
Marine observa 16 d'un air songeur.
— Tu me fais penser à Sora... Tu lui ressembles beaucoup. Tu as les mêmes yeux... Si on rajoute un X et qu'on mélange un peu...
— Roxas.
C'était 16 lui-même qui avait prononcé le nom.
— Roxas, répéta-t-il. Je crois que j'aime bien.
— C'est décidé, dans ce cas, sourit Marine. Moi... Je m'appelle Marine, au cas où vous ne l'auriez pas deviné !
Nous éclatâmes de rire, puis un bâillement me décrocha la mâchoire. Je me frottai les yeux.
— Je crois que je vais aller dormir, moi...
— Moi aussi, approuvèrent les autres en ch½ur.
Sora arriva à son tour, la démarche traînante, l'air exténué.
— Bon ben moi, je vais au dodo... Dîtes, c'est quoi vos noms déjà ?
— Ils ne te l'ont pas dit, rappela Marine en retenant un sourire ironique.
— Ah ?
— Ce sont Roxas, Pauline, et Victoire.
Sora m'adressa un sourire et fit un V avec ses doigts.
— On a gagné !
Je souris.
— Ha ha, très drôle.
— Désolé, l'option humour n'est pas activée la nuit, répliqua-t-il en souriant lui aussi.
— Va te coucher, dans ce cas, suggéra Marine en lui tirant la langue.
— Pas la peine de me prier !
Il nous fit un signe de la main et disparut dans sa chambre. Nous nous dîmes également bonne nuit, avant de rentrer dans nos chambres respectives. Sans même prendre le temps de me déshabiller – de toute façon, je n'avais pas de pyjama – je me laissai tomber sur le lit, où je m'endormis très rapidement dans un sommeil profond.